Germinal, treizième volume des Rougon-Macquart, parut en feuilleton entre novembre 1884 et février 1885. Zola avait préparé le roman par une enquête directe dans les mines de Valenciennes et d'Anzin, descendant lui-même au fond, interrogeant ouvriers et ingénieurs. Étienne Lantier, mécanicien sans travail portant le gène héréditaire de l'alcoolisme de sa lignée, arrive à Montsou et se fait embaucher au puits Le Voreux. Il découvre les conditions de travail, prend conscience des théories socialistes et anarchistes, et organise une grève qui tourne à la catastrophe avant que Souvarine, l'anarchiste russe, ne sabote la mine.
Zola construit Le Voreux en personnage autonome : la mine mange, gronde, souffle, et finit par engloutir ceux qui la servent. Cette anthropomorphisation de l'outil de production n'est pas un ornement stylistique mais une thèse : le capitalisme industriel transforme les rapports humains en rapports mécaniques, et cette mécanique a ses propres lois qui dépassent la volonté des individus — patrons compris. La gestion de la grève illustre ce que Zola a compris de la lutte ouvrière : les grévistes ont raison dans leurs revendications et tort dans leurs méthodes, la répression est prévisible, et l'issue — la reprise du travail sous les mêmes conditions — ne résout rien.
Le roman s'est vu récupéré aussi bien par le mouvement syndical que par ses adversaires, ce qui indique que Zola a réussi à ne pas réduire son sujet à une démonstration. Ce qui le rend lisible aujourd'hui, c'est la précision sociologique qui fait que chaque personnage incarne une position dans le système sans être réduit à elle. La question de savoir comment des individus raisonnables peuvent collectivement produire des situations irrationnelles est posée ici avec une rigueur que les sciences sociales contemporaines n'ont pas rendue caduque.