La Dame aux camélias, roman d'Alexandre Dumas fils publié en 1848, est inspiré de la vie et de la mort de Marie Duplessis, célèbre courtisane parisienne morte de tuberculose en 1847 à vingt-trois ans. Armand Duval apprend après la mort de Marguerite Gautier que celle-ci avait renoncé à leur amour à la demande du père d'Armand, pour ne pas ruiner l'avenir de celui-ci par une liaison scandaleuse. Il reconstruit cette histoire à partir des carnets et de la vente des effets de Marguerite, dont la double narration donne à l'ensemble la forme d'une enquête rétrospective sur ce qu'une vie a réellement été.
Dumas fils construit Marguerite Gautier comme un personnage dont la grandeur morale — la capacité de sacrifice, l'honnêteté sur sa propre condition, la tendresse sans illusion — est d'autant plus visible qu'elle contraste avec le mépris social qui lui est infligé. Ce n'est pas un roman de réhabilitation naïf : Dumas ne prétend pas que Marguerite est innocente de ce qu'on lui reproche, mais il montre que ce qu'on lui reproche est précisément ce que la société l'a forcée à faire.
La Dame aux camélias a donné lieu à deux opéras majeurs — Massenet et Verdi — qui en ont généralement retenu la dimension sentimentale. Le roman lui-même est plus sec et plus analytique : Dumas fils, qui avait vingt-quatre ans quand il l'a écrit, pose des questions sur la respectabilité sociale, le sacrifice et le mépris de classe avec une clarté qui n'est pas toujours rendue dans les adaptations. La lecture directe du roman est nécessaire pour mesurer l'écart entre la légende et ce que Dumas a effectivement écrit.
La structure romanesque de Dumas fils — un récit entièrement reconstitué après la mort de son sujet — empêche toute illusion sur la possibilité de la connaissance directe d'une autre personne. Armand croit raconter Marguerite ; il raconte ce qu'il a perçu de Marguerite, filtré par son amour et sa culpabilité. Cette limite de la narration amoureuse est l'une des choses que le roman montre sans l'expliciter.