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L'Assommoir, septième volume des Rougon-Macquart, publié en feuilleton dans Le Bien public en 1876, provoqua un scandale immédiat à sa parution en volume en 1877 et valut à Zola les attaques conjointes de la critique bourgeoise et de certains représentants du mouvement ouvrier. C'est pourtant son premier grand succès commercial. Gervaise Macquart, blanchisseuse, tente de construire une vie stable à Paris avec son compagnon Coupeau, ouvrier zingueur. La chute de Coupeau après un accident de travail, sa descente dans l'alcoolisme, et la dégradation progressive de Gervaise constituent le mouvement du roman.
Ce qui distingue L'Assommoir des romans moraux sur l'alcoolisme qui existaient avant lui, c'est que Zola ne traite pas l'alcoolisme comme une faiblesse individuelle mais comme une réponse à des conditions de vie. Coupeau ne boit pas parce qu'il est faible moralement : il boit parce que son accident l'a rendu incapable de travailler, parce que l'ennui et la douleur physique sont intolérables, parce que le débit de boissons est le seul espace social accessible. Gervaise, de son côté, n'est pas une victime passive : Zola la montre capable de résistance, de projets, et finalement vaincue par une accumulation de circonstances qui dépassent sa volonté individuelle.
L'Assommoir reste l'un des romans les plus précis sur les mécanismes de la pauvreté urbaine, non pas comme état moral mais comme dynamique systémique. La blanchisserie que Gervaise parvient à ouvrir, les fêtes qui l'appauvrissent, les dettes qui s'accumulent, la solidarité qui ne suffit pas — tout cela décrit une économie de la survie dont la logique n'a pas disparu. Le roman se lit aussi comme un document sur Paris avant Haussmann, sur la géographie des quartiers ouvriers, ce qui lui donne une valeur documentaire que la fiction seule n'aurait pas.