AccueilRoman classique › Le Père Goriot
Le Père Goriot
— ✦ —
Honoré de Balzac
1835

Le Père Goriot

par Honoré de Balzac
AuteurHonoré de Balzac
Parution1835
Pages~443
LangueFrançais
LicenceDomaine public
Temps de lecture estimé
~11 heures · 443 pages · 464 mots d'analyse éditoriale
11h
lecture

À propos de l'œuvre

Le Père Goriot, publié en 1835, est le roman qui a donné à La Comédie humaine sa structure de monde interconnecté : c'est ici que Balzac introduit le procédé du retour des personnages. La pension Vauquer, établissement modeste du Quartier Latin, concentre en un seul lieu plusieurs destins : Eugène de Rastignac, étudiant en droit provincial, découvre simultanément la misère de Goriot — père de famille ruiné par l'amour démesuré qu'il voue à ses deux filles mariées dans la haute société — et les théories de Vautrin, bagnard évadé qui lui propose une voie rapide vers la richesse en échange d'un crime.

Thématiques et portée

Balzac construit le roman autour d'une question économique précise : combien coûte l'entrée dans le monde ? Rastignac calcule ce que la fréquentation de ses cousines aristocrates lui coûte en termes de dettes, de mensonges familiaux et de compromis moraux. La scène des deux filles au bal — toutes deux en train de danser pendant que leur père agonise — n'est pas un effet mélodramatique gratuit : c'est la démonstration par l'image de ce que produit une société qui a transformé l'argent en seule valeur réelle. Goriot est le Christ parodique de ce système : il se sacrifie pour des enfants qui l'ont socialement effacé.

Pourquoi lire ce livre aujourd'hui ?

Le Père Goriot reste probablement le meilleur point d'entrée dans La Comédie humaine. Le cri de Rastignac devant Paris — « À nous deux maintenant ! » — n'est pas un cri de victoire ; c'est la déclaration d'un homme qui vient de comprendre que le monde fonctionne d'une certaine façon et qui a décidé d'y entrer quand même, sachant ce que cela implique.

Le roman est aussi une réflexion sur la paternité comme aliénation volontaire : Goriot a transformé ses filles en instruments de son propre bonheur, en leur donnant tout sans rien garder pour lui-même. L'amour paternel de Goriot n'est pas de l'altruisme : c'est une forme d'investissement émotionnel qui lui a ôté toute identité propre. Ce que Balzac montre, c'est que le sacrifice absolu peut être une forme d'égoïsme retourné contre soi-même.