Hamlet, écrit par Shakespeare vers 1600-1601 et publié dans trois versions différentes dont aucune n'est définitivement l'originale, est la plus longue pièce de son auteur et celle qui a le plus occupé les commentateurs depuis quatre siècles. Le prince Hamlet apprend de l'esprit de son père que celui-ci a été assassiné par son oncle Claudius, qui a épousé sa mère Gertrude et pris le trône du Danemark. Hamlet hésite à agir, simule la folie, organise une pièce dans la pièce pour confirmer la culpabilité de Claudius, tue par erreur Polonius, envoie Ophélia vers la folie et la mort, et accomplit finalement la vengeance dans une scène finale où presque tous les personnages principaux meurent.
Ce qui a rendu Hamlet inépuisable, c'est que Shakespeare a construit un personnage dont la psychologie résiste à toute réduction. Les explications de son hésitation sont toutes partiellement vraies : le doute moral, la paralysie par l'excès de pensée, le dégoût de l'action dans un monde corrompu. Aucune ne suffit. La question « être ou ne pas être » n'est pas simplement une méditation sur le suicide : c'est une question sur le rapport entre la conscience morale et la capacité d'agir dans un monde où l'action exige de se salir les mains.
Hamlet est probablement le texte de théâtre le plus représenté au monde, dans des traductions et des mises en scène qui en révèlent à chaque époque des aspects différents. La lecture directe du texte, dans une bonne traduction française (Yves Bonnefoy, François-Victor Hugo), permet d'accéder à ce que la scénographie dissimule nécessairement : la densité de la langue, les jeux sur les mots et les registres, la façon dont Hamlet se contredit d'une réplique à l'autre. La pièce est à la fois une œuvre populaire et un texte d'une sophistication littéraire qui justifie cent relectures.