Roméo et Juliette, écrit par Shakespeare vers 1594-1596, est la pièce de théâtre la plus adaptée et la plus représentée au monde. Roméo Montaigu et Juliette Capulet tombent amoureux lors d'un bal masqué, en ignorant d'abord qu'ils appartiennent à deux familles ennemies de Vérone. Ils se marient secrètement, mais la querelle des familles entraîne la mort de Mercutio et de Tybalt, l'exil de Roméo, et finalement la mort des deux amants par suicide — Juliette se croyant morte quand il arrive, Roméo se tuant en la croyant morte.
Ce qui rend Roméo et Juliette plus complexe que sa réputation de romance tragique ne le suggère, c'est la construction du conflit entre la vitesse du sentiment et la lenteur des structures sociales. Les amants se connaissent depuis quelques heures quand ils décident de se marier ; leur mort survient en moins d'une semaine de jeu dramatique. Le prologue annonçant que les amants sont étoilés ne donne pas une explication métaphysique à leur mort : il prépare le lecteur à ne pas chercher de coupable unique.
La lecture directe du texte shakespearien, dans une bonne traduction, révèle ce que les adaptations (West Side Story, Baz Luhrmann) effacent souvent : la densité poétique des échanges entre les personnages, et la façon dont Shakespeare traite Mercutio — le personnage le plus vivant, le plus ironique — comme la victime qui déclenche le mécanisme final. Ce que la pièce dit sur la violence des structures familiales et sur le prix que paie la génération suivante pour les conflits de la précédente n'a pas vieilli.
La pièce est souvent datée au cœur de la carrière de Shakespeare pour sa relative jeunesse stylistique — les jeux de mots et l'emphase sont plus visibles que dans les pièces plus tardives. Mais cette apparente jeunesse est aussi une force : la rapidité des événements, l'intensité des émotions, la vivacité des dialogues correspondent précisément à ce que la pièce veut dire sur la jeunesse comme condition où tout s'embrase et se consume avant que la raison n'ait le temps d'intervenir.