Zadig ou la Destinée, publié en 1747, est un conte philosophique de Voltaire qui précède Candide de douze ans et en constitue la première esquisse thématique. Zadig, Babylonien sage et vertueux, fait l'expérience que la vertu ne protège pas des malheurs et que les enchaînements de causes et d'effets qui produisent la souffrance ou le bonheur sont imprévisibles. Il voyage d'épreuve en épreuve — accusation injuste, esclavage, aventures amoureuses contrariées — avant d'être finalement récompensé. L'ange Jesrad lui explique que chaque malheur était nécessaire à l'équilibre providentiel du monde, et Zadig est invité à se soumettre à cette conclusion.
Voltaire construit Zadig comme un test de la théodicée leibnizienne — qui justifie les maux par leur nécessité dans l'ordre optimal du monde — quelques années avant que le tremblement de terre de Lisbonne (1755) ne lui paraisse rendre cette justification impossible. Dans Zadig, la Providence est encore représentée comme réelle mais comme incompréhensible aux hommes : la réponse de l'ange à Zadig n'est pas une réfutation du mal, c'est un appel à la confiance. Le ton est moins amer que dans Candide, mais la question posée est la même : que vaut un système de pensée qui exige qu'on accepte la souffrance des innocents comme nécessaire ?
Zadig est moins souvent lu que Candide et mérite davantage d'attention qu'il ne reçoit. C'est un conte plus optimiste dans ses conclusions mais plus troublant dans ses questions : Voltaire y prend la théodicée au sérieux, lui laisse formuler sa réponse, et laisse le lecteur décider si cette réponse est satisfaisante. La brièveté du texte — quelques dizaines de pages — en fait une entrée parfaite dans la pensée des Lumières et dans la méthode du conte philosophique comme instrument d'examen rationnel des croyances.